10-01 Shadow ~ The Beginning

10-01 Shadow ~ The Beginning
ma pensée se libère, mon monde s'ouvre enfin, mon univers éclate,

plus de tabou, plus de barrière,
je vous offre tout , je me mets à nue,

. . . mais je reste moi !


Quelques petites indications pour mieux comprendre le blog :
- Un article = une scène
- Une page = un épisode
- Une année scolaire = une saison

# Posté le dimanche 12 février 2006 15:33

Modifié le mardi 10 juillet 2007 07:49

10-01 Shadow ~ The Face

10-01 Shadow ~ The Face
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1.72 m
52 Kg
Châtain courts
Bleu






















- Nom : Paul
- Age : 20 ans
- Style vestimentaire : Etudiant légèrement "fashion victim" (c'est pas moi qui le dit, je le répète seulement)
- Signe(s) particulier(s) : Lunettes
- Ville de résidence : Nancy-Metz
- Lieu et date de naissance : Bar-le-Duc (55) ~ 14/04/85 à 21h
- Signe zodiacal : Bélier ascendant Scorpion
- Religion : agnostique
- Situation familiale : Parents divorcés - mère vivant à Montigny-les-Metz - père à La Ciotat ~ une soeur, résidente à Nancy.
- Activités extra-scolaires : Aucune !
- Décors de la saison : Appartement (Nancy) ~ Fac de medecine (Vandoeuvre) ~ Le tram de Nancy ~ Chez ma soeur (Nancy)
- Titre de la saison : Première année de medecine
- Thèmes de la saison : The arousing ~ Shadow

# Posté le dimanche 12 février 2006 15:35

Modifié le mardi 10 juillet 2007 08:59

10-01 Shadow ~ The Profil

10-01 Shadow ~ The Profil
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Etudiant en medecine
Fêtard
Penchants addictifs
Célibataire






























- Pseudo : Paine ~ Doctor P ~ sPace cowboy
- Couleurs favorites : Rouge immaculé - rivière de sang ~ Noir laqué - scintillment d'âmes ~ Bleu azur - souvenir d'un rêve profond
- Artiste musicaux préférés : Alif Tree ~ Goldfrapp ~ Massive Attack ~ Gotan Project ~ Muse ~ Ghinzu ~ Gonzales ~ Radiohead ~ Portishead ~ Mirwais ~ Telepopmusik ~ Cibo Matto
- Films préférés : Donnie Darko ~ Mulholland Drive ~ Memento ~ American Beauty ~ Requiem for a dream ~ Ken Park ~ Pulp Fiction
- Séries préférées : Six Feet Under ~ X-Files ~ Nip-Tuck ~ Alias ~ Buffy ~ Les Experts ~ Desperate Housewives ~ Friends ~ Queer as Folk ~ Absolutely Fabulous
- Animal de compagnie idéal : le Chat
- Plat qui me fait baver : les lasagnes
- Destinations de vacances rêvées : Japon ~ Népal ~ New-York ~ Mexique
- Plus grandes qualités : Rêveur ~ Compréhensif ~ Franc ~ Loyal ~ Juste ~ Passionné ~ Généreux ~ Drôle ~ Mystérieux
- Plus grands défauts : Egocentrique ~ Impatient ~ Calculateur ~ Caractériel ~ Méfiant ~ Lunatique
- Sujets qui font rire : Vos mésaventures persos ~ Vos désirs refoulés ~ Vos passions et vos amours ~ Vos envies véritables
- Sujets qui fachent : La politique (même si j'adore en parler) ~ Ma solitude ~ La religion ~ L'éthique ~ La vérité ~ La mort

Illimité . . .

# Posté le dimanche 12 février 2006 15:36

Modifié le mardi 10 juillet 2007 12:50

10-01 Shadow ~ The Remorce

10-01 Shadow ~ The Remorce
salut,
m'a dit le maître comme d'habitude,
bon-sou-ar,
lui ai-je moi aussi répondu comme d'habitude avc la voix d'une petite fille de dessin animé,
un cassis, s'il vous plait,
arrète de prendre ces trucs-là ! les liqueurs, c'est des digestif, mais j'ai beau te le seriner à chaque fois, tu prends toujours la même chose,
un cassis s'il vous plaît,
voilà, je l'aurais parié,
aujourd'hui, j'ai trouvé quelque chose qui va vous faire plaisir, alors je l'ai acheté, c'est pour ça que je suis un peu en retard,
ah oui, c'est quoi ?
un vibromasseur très mignon plaqué argent, il est très joli, mais je n'ai pas réussi à mettre la pile alors il ne vibre pas, j'ai dit en riant très fort, mais le maître a pris un air malheureux, il a mordu l'olive dans son grand verre, il a dit :
ça suffit,
ça m'a fait sursauter, puis il a ajouté,
il y a un truc que je voulais te dire,
oui ?
c'est le boom des psychothérapies douces, pas vrai ?
ah bon ?
c'est la mode, guérir ses blessures, moi je suis contre, les blessures, ce n'est pas quelque chose qu'il faut guérir, il faut s'en libérer, ce n'est pas pareil, je pense que c'est dans le contact avec les autre que les blessures se guérissent,
mais non !
qu'est-ce que tu racontes , je dis ça pour toi et ton jeune mec,
j'ai cru que la peau de mon visage allait s'arracher, comme s'il avait été labouré à coups de crocs ou à coups de dents, mon sang ne tournait plus à la même vitesse, mon coeur battait comme un tambour de Cuba, irrégulièrement, un rythme syncopé, mon coeur s'était completement retourné et était devenu une boule pleine de sang qui allait me sortir par la bouche, j'ai bu mon cassis pour le retenir, j'avais la langue qui tremblait, ça n'avait aucun gout, j'ai poussé un grognement comme un chien affamé en reprenant mon souffle, et quand j'ai repris mes esprits tous les autres clients s'étaient retournés en ce demandant ce qui se passait et je pleurais en tremblant, j'ai compris qu'enfin j'étais folle de rage,
salut,
m'a dit le maître comme d'habitude, mais c'était un peu différent, oui, j'ai trouvé que cela ne sonnait pas comme d'habitude,
bon-sou-ar,
lui ai-je répondu moi aussi comme d'habitude, avec la voix d'une petite fille de dessin animé, mais comme toutes les petites filles de dessins animés, cette façon de répondre au maitre était déjà un mensonge,
un cassis, s'il vous plait,
arrète de prendre ces trucs-là ! les liqueurs, c'est des digestif, mais j'ai beau te le seriner à chaque fois, tu prends toujours la même chose,
j'aurai pu prendre autre chose, à part les cocktails secs sans intérêt comme un Martini-dry ou un gimlet il y avait beaucoup d'autres boissons que j'aimais, par exemple un mojito de Cuba, ou un ketcham du Maroc, ou un bahad de Turquie, mais je ne voulais pas céder devant le maître sur mon habitude de prendre toujours un cassis, comme pour dire j'ai reçu ton sperme des centaines de fois dans tous les trous et dans toutes les muqueuses de mon corps, mais je ne céderai pas sur mon cassis,
un cassis s'il vous plaît,
voilà, je l'aurais parié,
aujourd'hui, j'ai trouvé quelque chose qui va vous faire plaisir, alors je l'ai acheté, c'est pour ça que je suis un peu en retard,
ah oui, c'est quoi ?
un vibromasseur très mignon plaqué argent, il est très joli, mais je n'ai pas réussi à mettre la pile alors il ne vibre pas, j'ai dit en riant très fort, mais le maître a pris un air malheureux, il a mordu l'olive dans son grand verre, il a dit :
ça suffit,
j'ai pensé qu'il allait se passer quelque chose, ça m'a fait sursauter, eh bien allons-y, si tu veux y aller vas-y, envoie, je n'attends que ça,
il y a un truc que je voulais te dire,
oui ?
c'est le boom des psychothérapies douces, pas vrai ?
ah bon ?
c'est la mode, guérir ses blessures, moi je suis contre, les blessures, ce n'est pas quelque chose qu'il faut guérir, il faut s'en libérer, ce n'est pas pareil, je pense que c'est dans le contact avec les autre que les blessures se guérissent,
mais non !
qu'est-ce que tu racontes , je dis ça pour toi et ton jeune mec,
ça m'a fait comme si on m'avait planté une aiguille dans l'oeil, pendant un moment je n'ai plus rien vu, c'était tout blanc, j'ai cru que j'étais devenu une sorte d'animal primitif et que ma coquille minérale dure s'était cassée, j'avais souvent cette sensation depuis que j'étais toute petite, d'abord le sensation que mon corps devenait tout léger, qu'il flottait, et en même temps une impression de chute comme si je tombais sur un iceberg coupant, et à la fin cela se transformait en joie, je me suis dit enfin, nous y voilà, cette relation avec le maître, j'ai enfin trouvé le joint, j'ai bu mon cassis toute excitée, j'étais tellement heureuse que j'en avait la langue qui tremblait, ça n'avait aucun goût, enfin j'y suis arrivé, j'étais tellement heureuse que j'ai poussé un grognement comme un chien affamé en reprenant mon souffle et je me suis mise à pleurer de joie par tout mon corps, voilà ce que j'attendais, j'avais envie de remercier le ciel,
salut,
ce n'était pas la façon habituelle du maître de me dire bonsoir, le maître n'utilisait jamais ce mot "salut", j'ai trouvé ça étrange, ce soir là dès le début il y avait quelque chose de bizarre, mon coeur a commencé à battre,
bon-sou-ar,
j'ai un peu changé mon attitude, j'ai dit bonsoir d'une voix de petite fille de dessin animé comme pour enregistrer un message de répondeur téléphonique, une voix un peu coquine, j'étais inquiète car le maître n'était pas comme d'habitude, c'est vrai, il y avait quelque chose de changé, depuis que je suis toute petite j'avais toujours un pressentiment quand j'allais me faire gronder, et mon pressentiment se réalisait toujours,
un cassis, s'il vous plait,
arrète de prendre ces trucs-là ! les liqueurs, c'est des digestif, mais j'ai beau te le seriner à chaque fois, tu prends toujours la même chose,
j'étais tellement inquiète que je n'ai pas pu commander autre chose, ce n'est pas que j'adore la liqueur de cassis, je n'aime pas tant l'alcool que ça d'ailleurs, c'est juste que je n'avais pas particulièrement envie de prendre quelque chose d'autre, et comme depuis longtemps, depuis que je suis arrivée à Tokyo, quand j'allais dans les bars ou danser dans les clubs je prenais toujours un cassis, cela me détendait, pourtant il y a d'autres alcools que je préfère à la liqueur de cassis et avec le maître j'avais eu l'occasion de gouter à beaucoup d'autres, par exemple les bloody mary que je prenais en avion avant le repas en première claase, ou les dry cherry que je prenais dans le Concorde,
un cassis s'il vous plaît,
voilà, je l'aurais parié,
aujourd'hui, j'ai trouvé quelque chose qui va vous faire plaisir, alors je l'ai acheté, c'est pour ça que je suis un peu en retard,
ah oui, c'est quoi ?
un vibromasseur très mignon plaqué argent, il est très joli, mais je n'ai pas réussi à mettre la pile alors il ne vibre pas, j'ai dit en riant très fort, mais le maître a pris un air malheureux, il a mordu l'olive dans son grand verre, il a dit :
ça suffit,
ça m'a laissé sans forces, voilà, c'est la fin je me suis dit, et c'est maintenant, j'en avais la certitude, depuis que je suis toute petite j'ai une conscience physique de ces choses-là,

il y a un truc que je voulais te dire,
oui ?
c'est le boom des psychothérapies douces, pas vrai ?
ah bon ?
c'est la mode, guérir ses blessures, moi je suis contre, les blessures, ce n'est pas quelque chose qu'il faut guérir, il faut s'en libérer, ce n'est pas pareil, je pense que c'est dans le contact avec les autre que les blessures se guérissent,
mais non !
qu'est-ce que tu racontes , je dis ça pour toi et ton jeune mec,
c'était très étrange, honnêtement je ne m'attendais pas à une telle réponse, je me suis sentie devenir comme une crevette ou un crabe ou une tortue, toute dure, puis j'ai senti que mon corps se fendait sur toute la longueur comme quand un cristal se fend de haut en bas, je n'avais pas imaginé ça, je m'attendais à autre chose, c'est fini, je te quitte, Reiko, tu es vraiment nulle, il n'y a rien à faire avec toi, je l'ai enfin compris, casse toi tout de suite hors de ma vue, Reiko, tu es vraiment qu'une merde, je vais rappeler Keiko et Yuri, ce n'étaient pas ces mots-là, pourtant je me suis sentie déchirée juste sur cette ligne à l'interstice entre l'angoisse et la joie, ce n'était pas neutre non plus, c'était comme si un cristal se fendait sous la pression de deux forces opposées, celle de l'angoisse et celle de la joie, et lorsqu'un cristal commence à se fendre il n'y a plus moyen de rien contrôler, j'ai bu mon cassis mais ce n'est pas dans ma gorge mais dans cet interstice qu'il s'est écoulé, cela n'avait bien sur aucun goût, puis je me suis mise à pleurer, ce que je n'avais pas imaginé et venu s'inscrire sur mon visage et m'a secouée, j'aurais dû être soulagée et accepter avec résignation la réalité comme lorsque mon père se mettait soudain à nous battre, mais cet homme que j'appelais le maître ne m'a pas battue, il ne m'a pas rejetée, il ne m'a pas insultée, il ne dépendait pas de moi, il n'avait pas besoin de moi, la seule chose qu'il a faite à la vérité a été de regarder ma réaction, j'ai explosé, et en pleurant je lui ai dit vous parlez de guérir nos blessures en faisant le fier, hein, que ce garçon et moi nous guérissons mutuellement nos blessures, mais ne vous êtes jamais demandé qui m'avait fait ces blessures, c'est vous, c'est vous qui m'avez blessée, c'est toi qui m'as fait ces blessures, alors ne la ramène pas, c'est toi, c'est toi qui m'as mise en miettes, tu me disais que tu m'aimais, que tu tenais à moi, et en même temps tu appelais des filles de clubs SM et tu leur demandais de se déshabiller pour leur faire la même chose qu'à moi, et tout en disant que Keiko etait une fille formidable et que tu l'aimais, tu éjaculais dans ma bouche ou dans mon cul, et ça, tu ne t'es jamais demandé à quel point ça me blessait, alors il m'a sortie du bar en disant au barman : désolé, elle fait une mauvaise cuite je crois, il m'a entraînée hors du bar en me soutenant à bras le corps, et je me rendais compte que je revivais la même scène qu'avec mon père, et même quand on est entrés dans la chambre je n'ai pas arrété de sangloter et de lui dire son fait.



Thanatos - Murakami Ryu

# Posté le dimanche 12 février 2006 15:37

Modifié le mardi 10 juillet 2007 15:53

10-01 Shadow ~ Murakami Ryu

10-01 Shadow ~ Murakami Ryu
Né en 1952 à Sasebo (près d'une base aricaine), il est parti étudier aux beaux-arts de Tokyo et a vécu à Fussa (de nouveau près d'une base de l'US Army). Il a publié son premier roman, Bleu presque transparent, en 1976 (prix Akutagawa). Il passe une partie de son temps aux Etats-Unis. Il a réalisé plusieurs films.

Ass
urément, Murakami Ryu n'est pas un écrivain drôle. Dans Les Bébés de la consigne automatique, le parcours de deux orphelins laissés à l'abandon par leurs mères respectives dans une consigne de gare offre une vision on ne peut plus déprimante et sordide de ce qui attend des individus livrés à eux-mêmes dans un Japon des bas-fonds, sans repères, fuyant à toutes jambes une quelconque réalité trop imprégnée de quotidien. Exit le métro, boulot, dodo. Entrent vestiges d'une explosion thermonucléaire, insalubriphysique et morale, course à la célébrité, drogue, prostitution, et autres folies incestueuses.

Il fa
ut dire qu'on était prévenu : dans Bleu presque transparent, un des premiers romans de Ryu, cette thématique était dé étouffante. Nous nagions là dans le glauque et le sordide : parties de jambes en l'air avec (presque) tout ce qui bouge, défonce à d'insoupçonnées matières stupéfiantes, fêtes hallucinantes et hallucinées, engueulades entre faux amis qu'on se fera un malin plaisir de «baiser» - dans tous les sens du terme - à la prochaine «party». Tout cela était asséné au lecteur sans qu'il ait l'espoir de relever un instant la tête pour respirer un peu d'air pur.

L
a leçon a le mérite d'être claire : pour Ryu, pas de salut dans la société contemporaine. Bienvenue dans le monde du "no future", fait de pourrissement, de gaspillage des énergies et des talents, de «zone» et de «no man's land». Ryu n'invente rien de transcendant. Les ros de Bret Easton Ellis sont aussi sombres. Mais ceux-ci ont au moins la décence de cacher leurs vices ; ils ont pour les parer un peu de la superficialité et du glamour qu'offrent mode et vêtements de luxe. Chez Ryu, pas d'habit pour défaire le moine, pas de soupape de sécurité non plus. Parce que plus rien n'a d'importance et surtout parce que tout s'échange - drogue, sexe, maladies. Il n'y aura donc rien de superficiel pour cacher la profondeur immonde des gestes accomplis.

Pa
s d'espoir donc, chez Ryu ? Pas de désespoir pourtant, sans espoir initial ; un seul des livres de Ryu - il mérite pour cela d'être mentionné - possède l'espoir en ligne de mire ; du moins l'auteur le laisse-t-il affleurer dans son texte : Kyoko. L'histoire pour cela a des allures de bluette : jeune orpheline japonaise, Kyoko, bien sous tous rapports, trimballe avec elle un éblouissant souvenir d'enfant. Un G.I lui a appris à danser lorsqu'elle avait huit ans toutes sortes de danses latino (mambo, chacha), inconnues dans son pays. La jeunette a grandi - elle est devenue chauffeur de camion - la guerre a disparu - le Japon est devenu une super puissance mondiale - le G.I s'en est allé - il est probablement devenu danseur professionnel. Voilà donc qu'elle veut retrouver la trace de son maître, celui par qui elle a appris que dans la vie, les malheurs peuvent momentanément disparaître, lorsque la passion prend le dessus sur les souffrances.

Le
thème a de quoi faire sourire. Mais lorsque Ryu parle, on se laisse porter par la «cavale» de cette jeune fille prête à traverser l'Atlantique pour faire renaître la chair de son rêve. Evidemment, le parcours initiatique est semé d'embuches - découverte de l'Occident, des Etats-Unis et de New-York, sous leurs aspects souvent les moins sympathiques : squatts-refuges pour des sidéens, quartiers excentrés et glauques, racistes et mal famés... Les personnages, peu recommandables, sont toujours prêts à arnaquer une étrangère fraîchement débarquée. Chassez le Ryu des bas-fonds, il revient au galop ! Mais Kyoko est bel et bien cette bulle d'espoir que Ryu promène dans un environnement étranger finalement identique à celui de ses romans habituels. Kyoko passe, «comme une brise légère, au milieu defugiés, d'exilés, de malades du sida et d'homosexuels». (Postface de l'auteur). Un personnage féminin doté d'une aura, d'une espèce de magie intemporelle, grâce à laquelle les individus les plus grossiers - dans leur instinct de survie - deviennent soudainement émus et prêts à faire un peu de bien. Rien d'étonnant donc, à ce que cette «bulle» soit danseuse et danse dès que l'occasion se présente - pour obtenir une faveur qui la rapprochera de l'objet de sa quête -, à ce que l'homme qu'elle cherche soit en phase terminale du sida lorsqu'elle finit par le retrouver et qu'il ne se souvienne de rien lorsqu'elle lui dit qui elle est. Rien de surprenant non plus lorsque Kyoko annonce à l'entourage de José qu'elle accomplira son dernier rêve avant qu'il ne meurre : le ramener vers ses proches, dans le Sud du pays.

La fo
rce de ce roman est d'allier ainsi bas-fonds et légèreté, misère humaine et grandeur d'âme, sans que jamais l'un et l'autre ne s'opposent dans un manichéisme qui ferait du propos quelque chose de mièvre. Kyoko plane définitivement sur le monde, elle est « au-dessus de la mêlée » ; elle tire vers le haut et le léger les êtres lourds que leur vie empèse.

Ama
teurs de ce genre de légèreté, le répit aura été de courte durée : Miso Soup, l'avant dernier des romans de Ryu traduit en français, inverse les rôles pour un jeune japonais charde guider et assister un psychopathe américain dans le quartier «cude Tokyo. Quant à Lignes, le dernier-né des Ryu, c'est une nouvelle description de destins d'êtres enfermés dans leur solitude, incapables d'échanger quoique ce soit, si ce n'est ce désespoir fait d'incompréhension, de violence et de vertige de n'être qu'un atome en roue libre dans un monde vide (Hélène Sérère) .

Les héros de Li
gnes évoluant et se croisant dans Tokyo au cours d'une même nuit sont tous désespérément seuls.
Pour exprimer leur désesp
oir la violence ou les obsessions paranoïaques apparaissent comme les seuls recours.

Le na
rrateur les suit et la forme employée fait que le lecteur ne peut s'attacher aux personnages.
Chaque c
hapitre porte le nom du personnage qui sera le « héros » du chapitre suivant, on avance ainsi dans la lecture en essayant de deviner quelle personnalité se cache derrière un prénom.
A la curiosité succèd
e un besoin irrépressible d'espoir, on imagine qu une rencontre changera le cours d une vie, lui apportera un peu de lumière si ce n est d amour ou de foi en l'être humain.
Mais rien n
y fait, les personnages ne ressortent jamais transformés de leurs rencontres fortuites ou s ils le sont ce n est qu en tant que victime de nouveaux sévices.

Seule Yuko, l'énigmatique jeune femme capable d entendre et de voir les signaux véhiculés par les câbles électriques, réapparaît plusieurs fois dans le récit comme un fil conducteur.
"Pou
r moi, les autres n'existent pas", pense-t-elle, et d une certaine façon elle résume tous les personnages de par sa sexualité pour le moins animale, ses obsessions et son indifférence face à la violence et à ceux qui l entourent.
On a l impression d assi
ster à une réincarnation continue, les visages changent mais les âmes, tourmentées, restent les mêmes : des ombres qui ne vivent que par la souffrance qu ils infligent et/ou supportent.

Vi
ctimes d abus sexuel dans leur enfance, les jeunes femmes traînent leur désespoir passivement, acceptant sans broncher d être les jouets sexuels des hommes voire leurs punching-ball.

Les pa
rents sont évoqués comme les premiers bourreaux ou bien comme des être perdus face aux délires obsessionnels ou aux excès de violence de leurs enfants.

La
violence justement est omniprésente, à chaque coin de rue, dans chaque appartement, et acceptée par les 2 sexes comme une fatalité, un moyen d expression.
Les rares qui
font preuve d'un peu d'humanité sont eux aussi victimes des plus forts. Personne ne s'interpose jamais, les crimes, les mutilations, les coups se passent à l'abri des regards ou dans la plus totale indifférence des rares témoins.
Le
meurtre apparaît ainsi comme une forme d exorcisme des malheurs passés et présents : « Ce pouvait être des lapins, ce pouvait être soi même mais il fallait détruire quelque chose de la vie, sinon les choses ne changeraient jamais »
En filigrane l'avant/ après le but de la crise économique se pose comme un début d'explication. Le Japon a en effet vécu dans les années 80 une période d'euphorie économique: la «bulle spéculative». Aujourd'hui, la bulle a éclaté et Murakami nous dépeint ici, "le sentiment de solitude et de tristesse qui a englouti le Japon contemporain depuis la fin de l'époque de modernisation".
Dans l é
vocation des souvenirs des personnages on ressent bien la présence d une autre époque, non pas heureuse sous les cerisiers en fleurs mais peut être plus sereine malgré les sévices.
Les héros de «
Lignes » semblent être restés bloqués dans l'enfance, à l'époque où les gamins qui n'ont pas encore conscience du mal qu'ils peuvent faire, torturent des animaux ou des insectes pour jouer.

Face
à un tel vide en quoi peuvent-ils encore espérer ?
L'amour ? L'a
mitié ? Les autres ne sont rien, les sentiments n'interviennent pas.

La réussite socia
le lorsqu'elle est vécu ne génère aucun plaisir, juste un supplément de stress.

Quand
à la famille, aucun des personnages y puisera sa rédemption car ils réagissent comme « Minako (qui) n'avait absolument pas envie d'avoir un enfant...Elle était convaincue qu'un enfant ne pouvait plus désormais devenir adulte sans avoir à faire de sinistres expériences »

Pe
ut être est ce parce que comme le dit un autre personnage évoquant un livre de psychologie « le sentiment de responsabilité chez l'adulte vient avec l'enfant »
Car l
es « ros » de Lignes ne sont pas responsables de leurs actes, ils ne sont que victimes des autres
On ne s'attache pas aux personnages si passifs, si pitoyables face à leur destin.
La vi
olence omniprésente, le sexe vécu sans plaisir mais comme une expression animale de désespoir et la passivité des personnages n'engendrent que la colère.

C
'est là tout le brio de Murakami qui réussit à nous immerger dans son monde entre nausée, vertige et colère.
Un vertige d autant plus grand que la violence exprie ici l est de manière machinale, banale par des êtres qui n'ont rien d'extraordinaires côtoyant sans le savoir d'autres qui leur ressemblent.

# Posté le dimanche 12 février 2006 15:45

Modifié le mardi 10 juillet 2007 07:48